06 novembre 2008

Le ciel de Québec: "Le livre des fondations" par Jacques Cardinal


Le livre des fondations. Incarnation et enquébecquoisement dans Le ciel de Québec de Jacques Ferron
un essai de Jacques Cardinal

La "grosse galette de Papa Boss", comme l'avait surnommée le critique du Devoir, Jean Éthier-Blais, aura 40 ans, l'an prochain. Si Le ciel de Québec occupe une place de choix ans les oeuvres de Ferron, il n'a pas été jusqu'ici l'objet d'autant d'études que les Contes ou d'autres récits comme La nuit par exemple.
Cette oeuvre complexe, qui a dû faire rebrousser chemin à plusieurs lecteurs, vient de rencontrer un lecteur érudit et , dans un certain sens, audacieux. Plutôt que d'y voir simplement une autre "oeuvre du pays" (ce que ce roman est aussi), Jacques Cardinal y met en lumière l'importance de la culture religieuse et catholique dans laquelle Ferron a puisé pour proposer une autre fondation au Québec.

Comme le précise l'éditeur, l’étude de Jacques Cardinal, richement documentée, met en relief l’héritage catholique et baroque de ce roman par lequel Ferron a voulu nous réconcilier avec un large segment de notre mémoire.
"Selon le grand récit de la Révolution tranquille, le Québec aurait brusquement rompu au début des années soixante avec la Grande noirceur — associée à la domination du discours clérico-nationaliste pendant plusieurs décennies (1860-1940) —, pour assumer enfin et pleinement sa modernité. Dans plusieurs de ses romans, historiettes et escarmouches, Jacques Ferron s’est plu à remettre en question, à nuancer, ce jugement sur l’histoire, en réinterprétant notamment l’incidence de notre héritage catholique. Au discours évoquant un clergé ultramontain et dominateur, prêchant l’abnégation, le mépris de la chair et la mortification, Ferron aura opposé en effet un autre discours où le clergé, la société québécoise catholique n’aurait pas ignoré ce qu’est «la joie et la pétulance des enfants de Dieu».
Publié en 1969, Le ciel de Québec apparaît en cela comme un nouveau récit de fondation de l’identité québécoise alors qu’au discours prônant le refus du monde, le roman oppose le discours de l’incarnation, inspiré de la mystique du Verbe fait chair, pour mieux relater l’appropriation du pays incertain. Bien que mécréant, Jacques Ferron n’en demeure pas moins à cet égard un écrivain profondément imprégné de culture catholique, en particulier jésuite. Cela est lisible non seulement sur le plan du discours, mais dans la poétique même de ce roman que l’on peut sous plusieurs aspects qualifier de baroque. En exhumant les sources documentaires qui constituent le fond culturel et historique à partir duquel l’écrivain a construit sa fiction, le commentaire analytique permet de rendre à cette œuvre sa fonction première de transmission d’un héritage aujourd’hui quelque peu oublié." (L'Éditeur)
Jacques Cardinal est professeur de littérature comparée à l’Université de Montréal.

Le livre des fondations. Incarnation et enquébecquoisement dans Le ciel de Québec de Jacques Ferron, Montréal, XYZ éditeur, coll. "Documents", 2008, 204 p.